Pourquoi être critique face au numérique à l'école ?
Comment en faire un outil émancipateur ?

Au fil des ans, et plus encore suite aux confinements, l'utilisation du numérique s'est généralisée dans le contexte scolaire comme dans d'autres sphères d'activité.

De la gestion des inscriptions et des dossiers des enseignant·e·s (par l'intermédiaire de logiciels tels que CREOS ou PROECO) à la communication entre élèves, familles et profs (à l'aide d'outils comme Konecto, QuickSchool, Smartschool, etc.), en passant par le déroulement des cours ou la réalisation des travaux effectués en classe ou à la maison (outils de visoconférence, suite Office 365, etc.), des logiciels et des plateformes numériques s'interposent, se rendant peu à peu incontournables.

Il est difficile d'avancer des chiffres précis sur l'utilisation des différents logiciels en Belgique, mais une étude récente de la Ligue des Famille, portant sur la communication entre l'école et les élèves et leurs familles offre quelques repères. Ainsi, dans le secondaire, 77% des élèves communiquent de façon numérique avec l’école. Et dans 48% des cas, le numérique est même le seul canal utilisé par l'école pour communiquer avec les parents des élèves, un pourcentage qui monte à 60% dans le cas du secondaire.

Si les outils numériques rendent de nombreux services (y compris d'un point de vue organisationnel), enrichissent les pratiques pédagogiques et facilitent l'apprentissage d'enfants porteurs de handicaps ou de troubles de l'attention, leur généralisation pose problème, laissant peu de possibilité d'opposition et influençant de manière profonde la relation pédagogique et le vécu des profs, des élèves et de leur famille.

Le numérique s'est imposé sans débat et sans consentement aux élèves et aux profs

L'utilisation du numérique est imposée à travers des injonctions morales dans les pratiques pédagogiques des enseignant.es (et donc des élèves) sans débat et sans réflexion. Sans réflexion, sur la nécessité, la pertinence et/ou l'efficacité de l'outil, sans débat sur l'impact de ces outils sur la vie privée des élèves et des professeurs.

Le numérique peut nuire à la qualité de l'apprentissage

La plupart des enseignant.es s'accordent sur les possibilités intéressantes que l'outil numérique permet d'ouvrir à l'école: visualiser des molécules en 3D en chimie, faire des recherches ou travailler collectivement un texte... C'est lorsque l'outil numérique dépasse ces utilisations ponctuelles et spécifiques, pour devenir un outil utilisé massivement et de façon non contrôlée, au quotidien, qu'il peut nuire à l'apprentissage - et ce de différentes façons.

L'utilisation d'écrans dans la sphère privée chez les enfants et les ados est ahurissante: quasiment 3h par jour en moyenne chez les 2-8 ans, 4h40 chez les 8-12 ans, et 6h40 par jour en moyenne pour les 13-18 ans.

Cet usage intensif nuit, selon certaines sources, au développement intellectuel, notamment en limitant les interactions langagières avec l'entourage. Des études montrent une corrélation positive entre consommation d'écrans récréatifs et déficits attentionnels.

Les études montrent aussi que les outils numériques utilisés en contexte scolaire, même quand il s'agit d'applications et de contenus didactiques, sont sources de distractions, n'ont pas fait leurs preuves en matière de résultats scolaires, et affectent même négativement l'apprentissage, selon bon nombre d'études.

Le numérique compromet l'aspect collectif de l'apprentissage

L'apprentissage (en particulier pour les élèves dont la culture est éloignée de celle attendue par l'école), passe aussi par la relation humaine: apprendre se fait grâce à l'attention que l'enseignant.e porte à l'apprenant.e, grâce au collectif, aux échanges entre camarades qui font évoluer les représentations mentales. Les plateformes d'apprentissage numérique sont, elles, très généralement basées sur un parcours individuel, où tout repose sur le travail de l'apprenant et ses interactions avec les logiciels.

Le numérique en classe, c'est aussi moins d'interactions sociales, pendant tous ces moments où chacun a les yeux rivés sur son écran ou baissés sur son smartphone... Y compris les profs quand ils doivent passer par une plateforme numérique (type Smartschool) pour recevoir les informations des collègues et de la direction, ce qui les oblige souvent à utiliser leur téléphone en classe.

Le numérique n'est pas la panacée face aux troubles de l'apprentissage

De plus en plus, l'ordinateur à l'école est proposé comme solution aux élèves présentant des troubles de l'apprentissage (dyslexie, dysgraphie, dyspraxie, etc.) Si l'ordinateur peut soutenir utilement l'élève, notamment pour la lecture (synthèse vocale) ou l'écriture (reconnaissance vocale), le choix d'utiliser massivement cet outil devrait toujours être fait en tenant compte de son impact négatif sur la concentration, les capacités d'attention, et sur la communication entre l'élève, ses pairs et ses enseignant.es.

Le numérique nécessite du matériel auquel tout le monde n'a pas le même accès

De nombreux élèves n’ont pas facilement accès à un ordinateur ou à internet. En effet, aujourd’hui en Belgique, seulement 53% des ménages à faible revenus ont accès à un ordinateur portable pour 77% des ménages aisés.

Il existe également des inégalités importantes dans le fait d’avoir accès à une connexion internet stable (à domicile et non mobile). Depuis le confinement, pour pallier à cette "fracture numérique", certaines écoles distribuent des ordinateurs, mais celles-ci sont plutôt rares. Désormais, d'autres imposent aussi l'achat de Chromebooks pour tous les élèves ou mettent en place des systèmes de location. De manière générale, c'est sur les épaules des familles que pèse le poids de l'achat du matériel numérique (ordinateur, tablette, connexion, imprimante,...) présenté comme indispensable aux apprentissages. On estime leur coût médian annuel à 560 euros par an et par enfant, ce qui fait exploser le coût de la scolarité pour les familles et rentre en contradiction avec l'idée de gratuité scolaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le numérique c'est une culture qui s'apprend surtout à la maison

Aux problèmes de l’accès aux technologies numériques, s’ajoute la question des compétences numériques (par exemple savoir manipuler un ordinateur, des logiciels de traitement de texte, envoyer des mails, passer d’un logiciel à un autre, …). Malgré qu’on les appelle les « digital natives », 56% des élèves du secondaire inférieur auraient aujourd’hui de faibles compétences numériques et 18% seraient non-utilisateurs. Ces deux éléments - accès au matériel et maîtrise des compétences - sont intimement liés à l’environnement familial et aux ressources socio-économiques et culturelles dont les élèves disposent. En effet, l’utilisation de l’outil informatique est foncièrement différente dans les familles en précarité et dans les familles aisées.

Comme pour le rapport à l’écrit, le rapport à l’outil informatique dans les familles aisées se rapproche plus de ce qui est attendu par l’école.

Le numérique entretient et renforce les inégalités à l'école

Si l’école utilise, exige et impose l’utilisation du numérique mais ne donne pas accès à la fois à du matériel informatique et à une formation de qualité, qui prend en compte les différents rapports au numérique, elle ne fait que renforcer un système où les inégalités se creusent entre ceux qui « ont », « savent » et « utilisent » déjà le numérique à leur profit et les autres. Les inégalités numériques sont donc largement le reflet des inégalités sociales préexistantes mais elles viennent aussi les renforcer puisqu’elles entravent l’accès à l’éducation.

Le numérique augmente la charge mentale

Au-delà des cours, c'est l'ensemble des petites tâches quotidiennes de l'enseignant.e. qui sont restées et/ou se sont numérisées après le covid : prise des présences, encodage des points, réunions d'équipes, travail collaboratif, formulaires de demande de sorties ou autres activités pédagogiques, avis sur les horaires et locaux ; tout un ensemble de communications indispensables au bon fonctionnement de l'école.

De nouveau, sans réflexion, concertation ou consentement des enseignant.es, élèves et parents, cette transition numérique de fait, en plus de modifier les pratiques pédagogiques des profs et les conditions d'apprentissage des élèves, est source de stress ainsi qu'une charge mentale supplémentaire pour le personnel éducatif.

Le numérique scolaire infiltre nos espaces privés

Ces plateformes infiltrent nos espaces privés en mangeant la frontière temporelle et géographique entre le travail et la maison, le public et l'intime. Sur nos téléphones et tablettes, les messages des élèves, mails des collègues, avis de la direction envahissent notre quotidien en dehors de nos heures de travail en apparaissant à tout-va ; nous nous retrouvons à devoir offrir une disponibilité sans limites.

En effet, par le système de notification, la temporalité de la communication change : pendant les cours, l'enseignant.e reçoit des notifications concernant un changement de local pour l'heure suivante; lorsqu'iel fait les présences en ligne en début de cours, iel prend connaissance d'un mail de parent d'élèves; en préparant le diner le soir, iel regarde l'heure sur son téléphone et reçoit une notification de son élève qui cherche une précision sur le devoir. Ne pas répondre à ces injonctions peut impliquer de réels problèmes de communication au travail et entrainer l'isolement du travailleur.

Les espaces privés des élèves aussi sont envahis par l'école. D'après une étude de la Ligue des familles, 54% des élèves reçoivent des messages de l'école sur leur ordinateur ou leur téléphone en soirée ou le weekend, augmentant leur stress dans 59% des cas.

Le numérique renforce la surveillance des enseignant.e.s

De plus, s'iel ne répond pas à ces exigences de disponibilité, l'enseignant.e sait que son activité en ligne est observée/observable. Ces outils numériques, comme ils peuvent favoriser la surveillance de l'enseignant.e sur l'élève, peuvent également renforcer le contrôle des directions sur l'enseignant.e, ainsi que la compétition entre collègues et donner lieu à des pratiques abusives.

Le numérique scolaire nécessite un travail d'entretien sous-évalué

Entretenir un parc numérique dans une école (ordinateurs des profs, des élèves, ordinateurs de la salle des profs, TBI...) représente un travail très important qui est généralement sous-évalué. Ce travail est souvent fait par un.e membre de l'équipe dont on exploite la bonne volonté et qui n'est pas (ou pas suffisamment) payé.e pour ce travail. Cela entraine des dysfonctionnements et des solutions bricolées, à nouveau sans réflexion globale.

Le numérique dégrade les conditions de travail des enseignant.e.s.

En dégradant les pratiques et relations pédagogiques; en creusant les inégalités scolaires; en renforçant le contrôle des enseignant.es et leur charge mentale par la porosité entre la maison et l'école; en augmentant la charge de travail; en isolant les enseignant.es qui ne peuvent ou veulent pas l'utiliser, le numérique dégrade les conditions de travail de tous les enseignant.es.

De plus, alors que les enseignant.es prennent déjà en charge la quasi-totalité des frais liés au matériel pédagogique (journal de classe, papeterie, livres, ... ), les frais liés au numérique (ordinateur, smartphone, connexion internet,... ) font exploser la facture.

Le numérique est un désastre écologique et humain

Le numérique soulève aussi des enjeux qui dépassent le monde de l'école. Chaque année, l'empreinte écologique de nos usages numériques s'accroît. L'essentiel de l'impact énergétique se concentre particulièrement au niveau de la production des appareils - smartphones, tablettes, ordinateurs, centres de données. La production de ces équipements suppose aussi l’extraction de métaux précieux et de terres rares, non-renouvelables et difficilement recyclables. Polluantes pour les écosystèmes, l'extraction de ces ressources, inscrite dans une logique néocoloniale, réalisée sans préoccupation des normes sanitaires et de sécurité, et parfois effectuée par des enfants, se fait en outre dans un contexte social dramatique, provoquant des conflits et portant atteinte aux droits humains.

L'équipement des écoles, passant souvent par l'utilisation de dispositifs tels que des tablettes ou d'ordinateurs peu coûteux comme les "Chromebook" - victimes d'obsolescence logicielle et devant être fréquemment remplacés - contribuent à l'épuisement progressif des ressources planétaires. Le choix des logiciels propriétaires empêchent aussi souvent le réusage d'ordinateurs plus anciens mais toujours fonctionnels. Alors que les enseignant·es sont encouragé·es à évoquer les enjeux environnementaux en classe (fresque climat, impact de l'école, etc.) et à limiter l'usage du papier, la numérisation croissante de l'école relève d'un écart béant entre les discours et les pratiques. Au-delà la production, l'utilisation du numérique n'est pas sans un impact. Notamment, l'utilisation de logiciels comme Teams ou Google Workspace implique que tous les documents soient stockés et manipulés dans le « cloud » ─ un « nuage » qui, contrairement aux représentations, nécessite des machines performantes et des infrastructures réseau bien tangibles pour fonctionner.

Le numérique est souvent déployé sans communication sur le traitement des données relevant de la vie privée des élèves et des enseignant·e·s

Tandis que les logiciels de gestion des écoles se multiplient et se généralisent (ApSchool, SmartSchool, Cabanga, ...), les directions demandent au personnel administratif d'y encoder différentes données relevant de la vie privée des élèves ou des professeurs, sans que la finalité de cet encodage ne soit communiquée au personnel éducatif et aux parents.

Le numérique dans les écoles est souvent déployé sans information éclairée et explicite, et ainsi sans conformité au RGPD

La numérisation des écoles passe aussi souvent par l'utilisation de logiciels édités par des entreprises non-européennes - notamment Google et Microsoft - qui sont imposés aux élèves ou à leurs parents sans information éclairée explicite de la part des écoles, ne respectant de ce fait pas le Réglement Général sur la Protection des Données (RGPD).

Si l'âge légal d'un consentement numérique est de 13 ans en Belgique, un enfant de cet âge est-il vraiment conscient de ses droits et de ses devoirs ? Surtout, est-il capable de lire et de comprendre une licence telle que la déclaration de confidentialité de Microsoft qui fait 199 pages ? Même si l'enfant est plus âgé, peut-on parler d'un consentement éclairé si l'acceptation de ces conditions par l'enfant est une condition nécessaire à l'inscription et à la poursuite de sa scolarité dans une école de son choix ? Lorsque de tels logiciels sont imposés dans le cadre des cours ou pour gérer la vie administrative de l'école (inscriptions ou réinscriptions par exemple), les directions et les enseignant·e·s n'abusent-ils pas alors de leur autorité ?

Le numérique suppose souvent l'acceptation de licences ambigües, qui mêlent vie privée et vie professionnelle

Pour pouvoir utiliser ces plateformes imposées par l'école, les profs et élèves installent des logiciels sur leurs ordinateurs personnels et doivent, pour cela, accepter des conditions générales d'utilisation nécessaires à l'installation de licence Microsoft ou autre qui impliquent l'acceptation de tout le package. De plus, lorsque nous acceptons une licence Teams ou Microsoft, nous acceptons que nos données personnelles soient conservées par ces logiciels par l'intermédiaire de notre ordinateur personnel : localisation, caméra, statistiques d'utilisation, etc.

Bien que l'entreprise propose des services labellisés "Education", les licences de Microsoft utilisées dans de nombreuses écoles entretiennent l'ambiguïté car il n'existe pas un document de licence propre au monde de l'éducation. Ce n'est donc pas une licence spécifique, tenant compte des spécificités de l'école, qui s'applique.

Le numérique scolaire ou la stratégie de la dépendance

Un objectif essentiel des EdTech (technologies de l'éducation) est de vendre des produits et des services, de faire des élèves leurs futurs clients. Sur les millions d’élèves habitués à travailler avec les logiciels de Google ou la suite Microsoft à l’école, une bonne partie est susceptible d’opter pour leurs services (éventuellement payants) une fois entrés sur le marché de l’emploi ou dans leur vie quotidienne.

Le numérique scolaire privatise nos données

Grâce à cette dépendance, ces sociétés commerciales peuvent collecter, exploiter et monnayer les données sur leurs utilisateur.ices, les apprenant.es, et leurs façons d'apprendre. Ces outils ne sont donc pas pensés pour développer l'autonomie des apprenant.es ou leur émancipation, mais pour les maintenir connecté.es et en tirer un maximum de données. Des données qui ne sont pas non plus accessibles au grand public ni aux chercheur.ses en éducation.

Le numérique scolaire: des outils financés par la collectivité, sur lesquels la collectivité n'a pas la main

Même en dehors de l'aspect financier (dans le cas d'outils dont l'utilisation est "gratuite"), les investissements publics sont actuellement dirigés vers des logiciels et des plateformes sur lesquels nous, utilisateur.ices, n'avons aucun contrôle. La collectivité finance des outils qui ne sont pas nécessairement pensés dans son intérêt. A terme, nous pourrions aussi perdre la main sur les contenus enseignés, et donc sur ce choix éminemment politique: que doit enseigner l'école?

Le numérique scolaire crée un flux financier constant du public vers le privé

En Belgique, la plupart des investissements publics dans le numérique scolaire vont à des entreprises commerciales (les "géants du web" ou GAFAMs, ou des entreprises plus petites comme celle qui développe SmartSchool). Cela signifie un flux financier constant du public vers le privé!

En réalité, ce qui rend ces solutions commerciales séduisantes, c'est la puissance de leurs serveurs et leur accès à la bande passante, qui permettent à des millions d'utilisateurs d'utiliser simultanément des services en ligne. Actuellement, les outils non commerciaux sont développés et maintenus par de petites associations qui ne peuvent pas encore concurrencer les serveurs de Microsoft ou de Google.

Ce n'est qu'une question de moyens! Les subventions publiques ne devraient servir qu'à développer des outils libres, profitables à la collectivité, plutôt qu'à enrichir les actionnaires de sociétés privées.

Le numérique n'est pas la solution aux principaux problèmes de l'enseignement

Toute infrastructure numérique représente des coûts (financiers et écologiques) signifiants. Cependant, les problèmes structurels de l'école, comme la pénurie de profs, le sous-encadrement des élèves, ou l'état des bâtiments scolaires, ne seront pas résolus par le miracle numérique. Les ressources mises à disposition pour la numérisation de l'école pourraient être redirigées pour s'attaquer aux problèmes réels qui plombent l'institution.

Le numérique n'est pas une fin en soi

Les plans pour l'adoption massive du numérique à l'école mis en avant par les politiques sont séduisants : Qui voudrait s'opposer à la modernisation ? À un investissement dans les écoles et la jeunesse ?

Néanmoins, les buts concrets de la numérisation ne sont pas suffisamment clairs. On l'a vu, il est loin d'être évident que plus de numérique aura un impact positif sur les missions fondamentales de l'école. « La numérisation » est trop souvent présentée comme une fin en soi. L'hypothèse sous-jacente, selon laquelle le numérique est toujours bénéfique et synonyme de "progrès", témoigne d'un manque d'analyse critique. Il faut se souvenir qu'il s'agit d'un choix technique coûteux, avec beaucoup d'effets secondaires, dont il faut bien formuler les fins afin de savoir en évaluer l’efficacité et l’utilité.

Que faire ?

Pensez collectivement, en équipe, un usage raisonné et non-imposé du numérique

Que ce soit pour des outils à usage pédagogique ou pour l’organisation du travail collaboratif, les équipes pédagogiques devraient prendre le temps de s’informer pour décider collectivement des outils qu’elles souhaitent mettre en place, en fonction de leurs besoins et avant que des solutions techniques leur soient imposées par leur hiérarchie ou par des sociétés commerciales.

Les dépenses pour le numérique devraient aussi être correctement budgétées (en tenant compte du travail réel qui est impliqué) et mises en balance avec d'autres dépenses éventuellement prioritaires (faut-il des TBI dans toutes les classes alors que les fenêtres ne ferment pas ou que les toilettes de l'école sont indignes?)

Tout outil devrait être mis en place de façon à ce que chacun.e, prof comme élève, puisse utiliser une alternative non-numérique. Ces alternatives (version papier, affichage…) devraient être systématiquement prévues et explicitement proposées.

Contrôler le déploiement du numérique par des décisions politiques

Le déploiement des GAFAMs devrait être encadré légalement. Aujourd'hui déjà, différents pays au sein de l'Union Européenne ont pris des décisions restreignant l'utilisation de certaines plate-formes sur base du RGPD. Notamment la France, où l'Éducation Nationale a arrêté, en novembre 2022, le déploiement d'Office365 et de Google Education, ou encore l'Allemagne, où plusieurs landers ont interdit l’utilisation des offres Microsoft dans un cadre scolaire. Ailleurs encore, d'autres mesures ont été prises.

Signaler les infractions au RGPD

Si l'école impose des logiciels qui ne respectent pas le Règlement Général de Protection des Données, il est possible de porter plainte auprès de l'Autorité de protection des données (APD). En cas de besoin, l'association ABELLI se propose d'agir comme tiers pour anonymiser votre signalement à l'APD.

Privilégier le numérique libre et local

Les services utilisés par les écoles, financés par de l'argent public, devraient être des logiciels dont le code est ouvert et devenir des communs numériques (voir la campagne de la fsfe "Public money, public code"). Les libertés qu'offre le logiciel libre (la liberté d'utiliser, de copier, d'étudier, de modifier et de redistribuer) pourrait permettre aux collectivités de mettre en place des infrastructures numériques à échelle locale qui garantissent une transparence quant aux traitements des données des élèves et du personnel éducatif.

D'un point de vue pédagogique, utiliser des services libres, mis à disposition par des prestataires dans une relation de proximité avec l'école, pourrait aussi enrichir les pratiques pédagogiques. Par exemple, disposer des machines à proximité des classes, dans un local que les élèves pourraient visiter et qui seraient maintenues par des personnes auxquelles les élèves pourraient parler, permettrait de rendre concrète l'infrastructure technique invisibilisée derrière le concept nébuleux de "cloud".

Résister et s'organiser collectivement !

Pour faire tout ça, organisons-nous collectivement et permettons-nous de résister au technosolutionnisme.

Face aux multiples problématiques exposées dans cet argumentaire, organisons-nous pour penser, nous approprier et critiquer le numérique afin d'en faire un outil émancipateur.

Emparons-nous de ce texte. Posons-le sur la table. Discutons et critiquons-le. Faisons le circuler. Parlons-en en classe, en salle des profs, lors des réunions des parents. Prenons-le comme un point de départ pour nous rassembler. Rejoignons cette lutte déjà entamée par de nombreux collectifs dans et en dehors de l'école.

Tout choix technique est un choix politique !